Marco

Age :

28

Code :

0488

Silhouette :

Normale

Chevelure :

Noir

Aujourd’hui, je pars à la rencontre de Marco, 28 ans, habitant du 3ᵉ arrondissement de Paris. Il a choisi une voie professionnelle singulière : celle d’hôte de téléphone rose spécialisé dans les conversations gay. Derrière la voix qu’on appelle se cache une histoire, des doutes, mais aussi une réflexion profonde sur le désir et l’intimité. Marco a accepté de me recevoir et de me parler sans détour, avec une sincérité parfois brute.

Comment parviens-tu à dissocier tes propres fantasmes de ceux de tes clients ?

C’est une vraie gymnastique mentale. Au téléphone, j’entre dans une sorte de rôle. Comme un acteur, mais avec ma voix et mon imagination. Les clients projettent leurs désirs, parfois très spécifiques, parfois très flous. Je dois être à la fois leur miroir et leur guide.
Mais je ne te cache pas que certains fantasmes résonnent en moi. J’ai déjà eu des conversations où je me suis surpris à être excité, vraiment. Ce sont souvent des moments où l’échange dépasse le cliché, où la personne de l’autre côté ose se dévoiler, parler de ses failles, de ses désirs inavoués. Là, je me laisse embarquer. Mais je garde toujours un filtre, une sorte de barrière invisible.
Quand ça devient trop intense, j’ai mes petites techniques : je prends une grande respiration, je me concentre sur des détails neutres, comme le bruit de fond dans mon appartement, ou je note discrètement deux-trois mots sur un carnet. Ça me permet de revenir dans le rôle et de garder le contrôle.
Au fond, c’est un équilibre : si je ne ressentais rien, ce serait froid et mécanique. Mais si je m’y perdais totalement, je ne pourrais pas tenir dans la durée. J’aime cette frontière floue, ce jeu de funambule entre le réel et l’imaginaire.

Quelle est la chose la plus inattendue qui t’est arrivée au téléphone ?

Oh, il y en a tellement… Mais je me souviens d’un appel qui m’a marqué. Un client m’a appelé en pleine nuit. Sa voix tremblait. Je pensais que c’était juste un jeu de rôle, tu sais, certains aiment feindre la nervosité. Mais non, il m’a avoué qu’il venait de rompre avec son copain après dix ans de relation, et qu’il n’arrivait pas à dormir.
On a parlé presque deux heures, et ce n’était pas du tout sexuel. Il avait juste besoin de vider son sac, de se sentir entendu. À la fin, il m’a dit : « Merci, tu m’as sauvé la nuit. » Ça m’a bouleversé. J’ai réalisé que derrière ce métier qu’on caricature souvent, il y a une vraie dimension humaine. On est parfois des confidents, presque des psys improvisés.
À l’inverse, j’ai aussi eu des moments totalement absurdes. Une fois, un type m’a demandé de jouer le rôle d’un livreur UberEats coincé dans un ascenseur avec lui. C’était tellement surréaliste que j’ai eu du mal à rester sérieux. Mais lui, il était à fond, et ça l’a rendu heureux. Alors j’ai suivi le délire.

Comment ce travail a-t-il impacté tes relations sociales ou amoureuses ?

C’est compliqué. Dans ma vie amoureuse, il y a toujours eu cette barrière. Quand je commence à fréquenter quelqu’un, la question du boulot arrive tôt ou tard. Certains sont intrigués, d’autres clairement mal à l’aise. J’ai eu une relation sérieuse il y a deux ans. Au début, il disait que ça ne le dérangeait pas. Mais au fil du temps, je voyais la jalousie pointer. Il me demandait : « Tu penses à moi quand tu raccroches ? » C’était difficile, parce qu’il mélangeait mon rôle professionnel et ma vie intime.
Socialement, ça m’a aussi un peu isolé. Je ne vais pas te mentir, je ne raconte pas à tout le monde ce que je fais. Dans un bar, quand on me demande ma profession, je réponds souvent « téléconseiller ». C’est vrai d’une certaine manière, mais ça sonne plus neutre. Pourtant, paradoxalement, ce métier m’a aussi donné une aisance incroyable pour parler aux gens. J’ai appris à écouter sans juger, à sentir les silences, à décoder les émotions dans une voix. Et ça, ça m’aide dans toutes mes interactions.

Quelle est ta plus grande leçon apprise grâce à ce travail ?

La plus grande leçon, c’est que le désir est un langage universel, mais chacun l’exprime à sa façon. J’ai compris que derrière chaque fantasme, il y a une histoire. Une peur, un manque, un rêve d’enfant, une blessure parfois. Rien n’est gratuit.
Tu sais, j’ai appris à ne pas juger. J’ai eu des clients qui me parlaient de scénarios improbables, parfois extrêmes. Mais quand tu grattes un peu, tu découvres que ce n’est pas seulement du sexe : c’est une quête de reconnaissance, de liberté, ou même d’identité.
Et puis, personnellement, ça m’a appris à mieux me connaître. J’ai compris mes propres limites, ce que je voulais explorer ou non. J’ai aussi compris la valeur de ma voix, de ma présence. Avant, je me sous-estimais beaucoup. Aujourd’hui, je sais que j’ai quelque chose à offrir, même dans un domaine que la société juge parfois marginal.
La leçon finale, peut-être, c’est que nous avons tous besoin de connexion. Que ce soit dans un lit, au téléphone, ou dans un simple regard dans la rue. Et que cette connexion, même fugace, peut parfois changer une journée, voire une vie.